La notion et la pratique culturelle de l’archivage scientifique des dessins, maquettes et de bien d’autres témoignages de l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme moderne sont devenues depuis quelques décennies déjà - un réel besoin dans de nombreux pays. Notamment en France où l’Etat assume un rôle-pilote dans ce domaine.

Cette démarche est désormais incontournable pour assurer la survivance et la pérennité à long terme - tout comme la consultation - d’une masse considérable et très diversifiée de documents et objets, souvent fragiles et vulnérables.

Sous réserve qu’elles soient conçues et gérées selon les règles exigeantes d’un nouvel « art de sauvegarde du patrimoine», ces archives constituent une ressource vivante indispensable aux chercheurs, enseignants et étudiants, aux historiens et à tous ceux & celles qui assument la nécessaire « mission d’interroger l’histoire pour mieux comprendre le présent et éclairer l’avenir ».

En Europe, ces archives se sont révélées importantes pour permettre d’assumer un regard analytique et critique propre à toute recherche culturelle approfondie aboutissant ainsi à la réalisation d’expositions et de livres, de mémoires et de thèses, de colloques, d’essais, d’articles ou d’autres expressions d’un savoir vivant.

Les archives d’architecture et d’urbanisme sont particulièrement significatives et nécessaires : on sait en effet que ces deux disciplines contribuent fortement et durablement à matérialiser la plupart des facettes de l’environnement bâti de toute société : au point d’en constituer un fidèle miroir … qu’il convient alors d’interroger et d’interpréter.

Sans de telles archives, c’est la mémoire de la créativité d’un pays ou d’une époque, d’une culture ou d’un savoir-faire, d’un groupe ou d’une personnalité qui en disparaissant serait menacée d’appauvrir notre horizon de référence.

Les archives constituent partout un indispensable outil de connaissance et de réflexion pour éviter les effets pervers de toute forme d’amnésie - culturelle ou autre - dont les effets à long terme peuvent se révéler ravageurs : leur absence ou leur mutisme menacerait l’épanouissement d’une forme particulière d’intelligence collective.

A propos de nos invités

David Peyceré: Conservateur du patrimoine (spécialité Archives), il dirige à Paris le  Centre d’archives d’architecture du XXe siècle depuis 1995. Il avait occupé antérieurement des fonctions d'archiviste (Dijon, Archives nationales) et a travaillé à la Conservation régionale des monuments historiques d'Île-de-France.

Jean Dethier: Avant d’assumer durant 30 ans au Centre Pompidou ses activités de commissaire d’expositions sur l’architecture, il a travaillé 5 ans au Maroc au Ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. A ce titre, il a dès 1968 fondé au CERF à Rabat un centre d’archives dédié à l’aménagement des villes du Maroc au XXe siècle.